Bruno Chauvel, chercheur INRA

Bloquer la diffusion de cette espèce envahissante

Eviter la propagation de l’ambroisie est une action aussi importante à mettre en place que la gestion des populations existantes. L’ambroisie est en extension. C’est un fait. La raison en est multifactorielle : environnementale, climatique, agronomique… Sur le plan agronomique, l’ambroisie est une mauvaise herbe gênante dans certains systèmes qui sont déjà fragiles d’un point de vue économique ou environnemental. Elle est dotée d’une très grande tolérance aux pratiques non chimiques. En clair, par sa biologie, elle supporte bien les méthodes de fauche, broyage et travail du sol. Elle arrive malgré des stress intenses à produire quelques semences qui contribuent au maintien des populations d’ambroisie. Ce qui rend problématique la suppression de certaines molécules d’herbicides. Le désherbage chimique – malgré toutes les critiques sociétales et les problèmes environnementaux – reste certainement la pratique la plus efficace, seule ou en complément d’une autre pratique.

La présence d’ambroisie en grande quantité dans une parcelle constitue un vrai problème agronomique pour l’agriculteur puisque certaines cultures deviennent alors difficiles à gérer et qu’il faut pratiquement exclure la culture du tournesol. L’éradication de la plante est exclue à court et moyen termes dans les zones d’implantation anciennes où des stocks semenciers sont importants et où la plante occupe un large territoire. Il faut donc davantage parler de gestion et de contrôle des populations d’ambroisie que d’éradication. Toutefois, pour les zones d’arrivée récente, l’éradication peut rester un objectif réaliste. A mon sens, éviter la propagation de l’espèce est une action aussi importante à mettre en place que la gestion des populations existantes. Comment faire évoluer la situation ? Faire passer le message de la prévention. Agir là où la plante n’est pas encore en forte densité et favoriser l’information pour bloquer la diffusion de l’espèce. Quels que soit les systèmes de lutte retenus, la gestion de cette plante restera une action sur le moyen et long terme, le temps d’épuiser les stocks de semences.

Bruno Chauvel, chercheur INRA UMR Biologie et Gestion des adventices Dijon