L’ambroisie, un fléau pour la santé et l’agriculture, qui progresse toujours (Dépêche AFP)

Elle ampute les récoltes et fait pleurer les personnes allergiques: l’ambroisie ne cesse de progresser en France, malgré de nombreux outils de lutte mis en échec par l’extraordinaire faculté d’adaptation de cette plante invasive.

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« L’éradiquer, c’est trop compliqué maintenant », concède Alain Moyne-Bressand, député de l’Isère, qui préside le comité parlementaire de suivi du risque ambroisie. « Mais il faut maîtriser l’évolution de l’ambroisie et éviter que certaines régions indemnes soient contaminées », plaide-t-il. Venue d’Amérique du Nord dans une cargaison de semences de trèfle violet, l’ambroisie est apparue dans l’Allier dans les années 1860 avant de s’étendre à toute la région Rhône-Alpes en passant de parcelles en parcelles.

En fleur à la mi-août, elle est aujourd’hui présente sur une large partie du territoire national, de la vallée du Rhône à Poitou-Charentes, en passant par la Bourgogne. En Rhône-Alpes, où l’ambroisie est la mieux implantée, environ 13% de la population est victime d’allergies (rhinite, urticaire, conjonctivite, asthme) pour des coûts de santé estimés entre 14 et 20 millions d’euros.

Extrêmement résistante
Problème majeur pour la santé publique, la lutte contre l’ambroisie et les plantes similaires a d’ailleurs été inscrite dans la loi sur la modernisation du système de santé du 27 janvier 2016. Et les outils pour la combattre ne manquent pas: fauchage en bord de route, désherbage thermique, mécanique ou chimique, plantes d’interculture pour l’étouffer, etc. « Mais toutes ces solutions ont leur limite », souligne Bruno Chauvel, responsable scientifique de l’observatoire des ambroisies et chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique).

Car la plante, qui peut atteindre 1,80 mètre, est extrêmement résistante, s’adapte à presque tous les sols, ne craint pas la sécheresse et produit des graines qui peuvent rester viables plus de 10 ans dans le sol. Dans les champs de tournesol, elle peut faire des ravages. « Certaines années, la perte de rendement était de 30 à 40%. Économiquement, ce n’était pas viable », raconte Didier Crost, vice-président de la coopérative La Dauphinoise. La production de tournesol de la coopérative a ainsi diminué de près d’un tiers en dix ans du fait des ravages de l’ambroisie « alors qu’on a besoin de tournesol en France », affirme M. Crost.

Coléoptère
« C’est une plante à l’écologie particulière qui désarme les agriculteurs », admet M. Chauvel, qui plaide pour une lutte préventive dans les zones encore indemnes, dont la plupart sont situées au nord d’une ligne Nantes-Strasbourg. Mais cette lutte, souvent coûteuse, est difficile à mettre en place dans des régions où la plante ne fait pas encore de victimes. Et une fois bien implantée, il devient quasiment impossible de l’éradiquer. Bruno Chauvel met cependant en avant l’exemple du canton de Genève qui a réussi à contrôler la plante « en mettant le paquet pendant plusieurs années ». Le recours à des moutons qui broutent l’ambroisie sur des parcelles envahies fait partie des solutions avancées pour limiter sa propagation.

Beaucoup d’espoirs sont aussi placés dans un coléoptère, Ophraella communa, qui se nourrit des plantes de la famille de l’ambroisie. Présent en Italie, à seulement 15 kilomètres de la frontière française, l’insecte devrait coloniser les deux tiers de l’Hexagone dans les cinq ans, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). Reste à savoir si cette petite bête démentira à elle seule les conclusions d’une étude parue dans Nature Climate Change en mai 2015. Se basant sur des modèles mathématiques, une équipe de chercheurs français, britanniques et autrichiens prévoyait un quadruplement de la concentration en pollens de l’ambroisie en Europe d’ici à 2050…

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