Compte-rendu du point de situation – 22 juillet 2016

Mairie de Crémieu – Isère

 Ambroisie et autres espèces invasives

A la veille du pic d’ambroisie qui aura lieu le 17 août prochain, Alain Moyne-Bressand, président du Comité parlementaire de suivi du risque ambroisie a réuni des acteurs de la lutte à Crémieu en Isère le 22 juillet.

La mobilisation réussie des associations et des parlementaires a permis d’obtenir la prise en compte, dans la loi de santé, votée en décembre dernier, de la lutte contre les espèces invasives.

En effet, l’article 11 stipule que : « par décret, et sur avis du Haut Conseil de la Santé Publique, du Conseil National de la Protection de la Nature, ainsi que du Conseil National d’Orientation de la Politique Sanitaire Animale et Végétale, une liste sera établie afin de recenser et de prendre les mesures nécessaires pour endiguer leur prolifération ». Il manquait un outil législatif.  Le dispositif va permettre de compléter les outils réglementaires comme les arrêtés préfectoraux pris dans certains départements dont celui de l’Isère.

Rappel des chiffres. L’ambroisie : un réel problème de santé publique 

Il s’agit d’une plante allergène qui provoque des troubles dans 13 % de la population. Ce chiffre s’élève jusqu’à 16 % pour les zones fortement impactées par la plante.

  • Le nombre de personnes allergiques a doublé depuis 2004. L’allergie peut toucher n’importe qui dès lors qu’il a été exposé suffisamment longtemps à la plante.
  • Les zones urbaines comme les zones agricoles sont de plus en plus touchées.
  • Les problèmes sanitaires causés par l’ambroisie coûtent plus de 15 millions d’euros par an dans la région Rhône-Alpes.
  • Cette plante est fortement nuisible. Elle contamine par sa présence des plantations entières de tournesol. Le Muséum d’histoire naturelle a d’ailleurs décidé de classer l’ambroisie parmi les quatre plantes invasives nécessitant un suivi particulier.
  • La situation est particulièrement préoccupante. Selon une étude réalisée par des chercheurs du CNRS, dans le revue Nature Climate Change, la concentration en pollen d’ambroisie pourrait quadrupler d’ici 2050.

Lutter contre l’ambroisie est complexe. Complexe car la plante a un fort pouvoir disséminateur. Complexe car la lutte doit être coordonnée. Complexe car cette lutte varie suivant les situations (agricole, bords de route, jardins de particuliers, cours d’eau, chantiers de BTP…).

Pour Bruno Chauvel : les agriculteurs sont les premiers impactés et doivent respecter dans le même temps l’environnement. A ce sujet, le plan Ecophyto et la suppression de molécules rendent la lutte encore plus complexe.

L’exemple de la Suisse est intéressant car les autorités ont « mis le paquet » pour éradiquer la plante invasive et allergène. Même si le contexte suisse n’a rien à voir avec la France : les surfaces sont beaucoup moins importantes, l’agriculture n’est pas la même et est largement subventionnée. Mais la volonté politique a permis d’éradiquer l’ambroisie. En Isère, il ne s’agit non pas de l’éradiquer car l’invasion de la plante tout comme le stock grainier sont trop importants, mais de gérer et de maîtriser l’ambroisie. L’observatoire des ambroisies indique qu’une expérimentation Ecophyto va être menée avec la coopérative Dauphinoise sur ce sujet.

Bruno Chauvel souligne que les agriculteurs doivent faire attention aux résistances. Il insiste sur les bonnes pratiques agricoles en allongeant les rotations notamment et en évitant un enchainement tournesol-soja.

André Coppard, élu de la Chambre d’agriculture de l’Isère rappelle que la chambre est pleinement impliquée dans la lutte et mène des actions de sensibilisation auprès des agriculteurs avec des flashs info notamment. La prise de conscience est là et les agriculteurs, dans leur immense majorité sont des professionnels responsables.

Il insiste sur le fait qu’il faut éviter le mitage des actions : la lutte est l’affaire de tous. Particuliers, agriculteurs, communes, entreprises tous doivent être impliqués car si un maillon manque à l’appel, la lutte perd considérablement en efficacité. Toute l’année, la chambre est impliquée sur ce sujet avec un pic pendant les 2 mois de pression ambroisie.

Didier CROST, Vice-Président de la Dauphinoise et Damien FERRAND, Responsable Conseils, Recherche & Développement de la Dauphinoise.

L’ambroisie peut infester les champs notamment de tournesol. Cette culture est pourtant essentielle dans le système des rotations. Elle consomme peu d’eau, elle est bonne pour la biodiversité, elle nourrit les abeilles car mellifère. Les agriculteurs doivent donc bénéficier d’une large palette d’outils pour justement éviter des résistances. La Dauphinoise accompagne les producteurs dans ce sens là.

La visite d’un champ de tournesol très propre à proximité de Crémieu montre que les agriculteurs peuvent lutter efficacement contre l’ambroisie.

IMG_2471

Les Variétés Tolérantes aux Herbicides apparaissent comme une solution dans la région pour permettre aux producteurs de continuer à faire du tournesol tout en luttant contre l’ambroisie.

L’impact de l’ambroisie, c’est une perte pouvant aller jusqu’à 30% de rendement en moins sur une récolte. Il y a un vrai risque que les agriculteurs abandonnent le tournesol s’ils n’ont pas les outils pour gérer l’ambroisie. Il y a là un véritable enjeu agronomique au niveau national puisqu’en 1990, on comptait 1,1 million d’hectares de tournesol cultivés contre 619 000 hectares en 2015. Et on annonce seulement 580 000 hectares cette année. Même si l’ambroisie n’explique pas à elle seule ce fléchissement des surfaces de tournesol, elle est un véritable fléau pour l’agriculture.

Jérôme CROZAT de la FDSEA : il ne faut pas baisser la garde contre l’ambroisie. Il attire l’attention des élus :  attention à la suppression de certaines molécules qui nous sont indispensables. Attention également à l’effet boomerang des politiques publiques. Dans certaines communes, le 0 phyto risque d’avoir un effet inverse à celui désiré. On va laisser pousser les mauvaises herbes et l’ambroisie va en profiter pour tout coloniser.

Enfin, le monde agricole a besoin d’innovations pour continuer à mener cette lutte.

Les élevages ovins, moyen écologique de traitement de l’ambroisie 

Le point de situation a permis de visiter l’exploitation de M. Sattler à Dizimieu près de Crémieu. 140 moutons y mangent l’ambroisie. De toute évidence, la solution est efficace. Mais si l’ambroisie est belle et bien dévorée par les ovins, il est bien évident que les moutons ne sont une solution dans certains cas bien particuliers. Cette observation montre également que dans la gestion de l’ambroisie, c’est un ensemble d’outils très différents les uns des autres qui permet de maîtriser la plante invasive (arrachage, désherbage, couverts… et ovins).IMG_2468

Cette visite rappelle une expérience qui s’est déroulée pour la première fois dans une petite commune à proximité de Valence dans la Drôme. Entre 2006 et 2009, un petit élevage a été emmené dans le lit d’une rivière ou prospère l’ambroisie et s’en est nourri. Très vite, un pâturage témoin a été mis en place afin de vérifier l’efficacité de la méthode employée. Un taux de pollen 18 fois inférieur a été constaté dans le terrain ou les ovins étaient présents. La chambre d’agriculture a effectué un suivi biologique du troupeau dont les examens se sont avérés positifs.

Alain Moyne-Bressand déclare qu’il faut d’autant moins baisser la garde que d’autres plantes invasives émergent. Les agriculteurs doivent avoir un choix, qui soit le plus large possible pour lutter contre ces plantes. Parmi elles :

  • Datura : hautement toxique pour l’Homme
  • Berce du Caucase : provoque de graves brulures sur la peau
  • Jussie : contribue à la diminution de la biodiversité tant végétale qu’animale.
  • Renouée du Japon : colonise les bords de routes et les berges des cours d’eau
Ce contenu a été publié dans Actualité. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.