Mobilisation générale contre l’ambroisie, plante invasive fortement allergène

Visite du Comité parlementaire dans le JURA

« La mobilisation contre l’ambroisie est l’affaire de tous. Il s’agit d’éviter le mitage des actions. Les agriculteurs sont les premières victimes de l’ambroisie. Ils doivent pouvoir utiliser toutes les solutions à leur disposition pour maîtriser cette mauvaise herbe allergène et invasive».

Alain Moyne-Bressand,
Député de l’Isère et Président du Comité Parlementaire de Suivi du Risque Ambroisie et autres espèces invasives

Jean-Marie Sermier
Député – Maire de Dole

Michel Thibaudon
Directeur du Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA)

Alain Maire–Amiot
Fédérations Régionales de Défense contre les Organismes Nuisibles (Fredon)

Hubert Hebinger
Responsable Zone Est Terres Inovia (institut technique des producteurs d’oléagineux, de protéagineux et du chanvre)

Rebecca Bilon
Observatoire des ambroisies

L’ambroisie : un problème de santé publique majeur

L’ambroisie est une plante fortement allergène et invasive qui se développe en milieu ouvert (chantiers, bords de route) et dans les parcelles de cultures. Elle lève préférentiellement de mi-mars à mai, sous couvert dans les cultures d’hiver (céréales, colza) avant récolte pour se retrouver sur les intercultures estivales, et dans les cultures de printemps, notamment le tournesol où les conditions lui conviennent particulièrement (même famille botanique).

Originaire d’Amérique du Nord, l’ambroisie provoque de graves allergies au moment de sa floraison, en août et septembre. Les personnes sensibles aux pollens d’ambroisie peuvent présenter des manifestations allergiques, telles que rhinites, conjonctivites, trachéites, asthme ou encore des atteintes cutanées (urticaire, eczéma).

–       Dans les zones fortement impactées par l’ambroisie, les personnes allergiques représentent environ 16% de la population[1] (contre 13% en moyenne) et atteint 21% dans la zone fortement exposée.

–       Les problèmes sanitaires occasionnés par l’ambroisie représentent plus de 15 millions d’euros par an pour la seule région rhônalpine (dépenses publiques liées au traitement des allergies à l’ambroisie).

 

Le JURA : touché par l’ambroisie

L’ambroisie est implantée principalement dans la région Rhône-Alpes et Poitou-Charentes. Mais elle gagne partout du terrain en France. Elle a été repérée dans tous les départements de Midi-Pyrénées et du Centre-Ouest. Plus de 90% des départements sont touchés par cette plante invasive. Selon la FREDON (Fédération Régionale de Défense Contre les Organismes Nuisibles), « à ce jour, l’ambroisie est en pleine progression en Franche-Comté et notamment dans la plaine du Jura ».

La lutte contre l’amboisie est désormais obligatoire. Le Muséum d’Histoire Naturelle a d’ailleurs décidé de classer l’ambroisie parmi les quatre plantes invasives nécessitant un suivi particulier.

–       La concentration en pollen d’ambroisie pourrait quadrupler d’ici 2050[2]. C’est ce que conclut une étude, publiée le 25 mai 2015 dans la revue Nature Climate Change par des chercheurs du CNRS, du CEA, de l’INERIS et du RNSA (Réseau National de Surveillance Aérobiologique).

–       Une étude réalisée par l’Observatoire Régional de la Santé Rhône-Alpes avec l’appui d’Air Rhône-Alpes et du Réseau National de Surveillance Aérobiologique fait état d’une hausse significative de la prévalence de l’allergie à l’ambroisie en Rhône-Alpes. La prévalence individuelle de l’allergie à l’ambroisie s’élève à 13% en 2014 (contre 9,2% en 2004) et atteint 21% dans la zone fortement exposée.

–       Selon l’association Stop Ambroisie[3], le nombre de personnes allergiques pourrait doubler d’ici dix ans pour passer à 40% dans les zones fortement infestées.

Étant donné que 80% du pollen d’ambroisie émis dans l’atmosphère est issu des parcelles agricoles, le Comité Parlementaire encourage tout particulièrement les agriculteurs, qui sont les premières victimes de cette «super mauvaise herbe », à lutter efficacement contre cette espèce invasive. Le Comité Parlementaire les invite notamment à utiliser à cette fin tous les outils à leur disposition pour gérer et la contrôler. Les zones urbaines comme les zones agricoles sont touchées

Le Comité Parlementaire de suivi du risque ambroisie rappelle la nécessité absolue de lutter individuellement et collectivement contre cette plante. La situation de la France ne doit pas ressembler à celle de la Hongrie où 50% du territoire est touché par la plante au pollen allergène.

 

Le Comité Parlementaire de suivi du risque ambroisie propose un plan de lutte en 5 points

Depuis sa création, le Comité Parlementaire du suivi du risque ambroisie note que si beaucoup d’efforts sont réalisés sur le terrain, le risque est de voir une lutte non coordonnée avec un mitage des actions.

Le succès de la lutte contre l’ambroisie passe par une action concertée en 5 points. Ce plan s’inspire des auditions réalisées par le comité parlementaire et notamment de propositions réalisées par l’association Stop Ambroisie.

1 – Un objectif concret doit être défini pour être partagé par tous. Les auditions réalisées par le Comité Parlementaire montrent que la définition proposée pourrait satisfaire le plus grand nombre : « La lutte contre l’ambroisie vise à interrompre le cycle de reproduction de la plante et à éviter la dispersion des graines dans le but de réduire progressivement le stock de graines présent dans le sol. »

2- La lutte doit être coordonnée. Seul le préfet a l’autorité nécessaire pour assurer cette coordination des actions et mobiliser les multiples acteurs. A l’image de l’Isère, de la Drôme ou encore de l’Ardèche, des arrêtés préfectoraux ont été pris. L’approche doit être territoriale et ne doit pas se cantonner au niveau d’une commune. C’est ce qu’ont fait le Québec et la Suisse en menant une lutte provinciale pour le premier et une lutte confédérale pour la seconde. C’est pourquoi le Comité Parlementaire est à l’origine de la première proposition de loi pour lutter contre l’ambroisie. Le gouvernement a opposé à ce texte un argument selon lequel il fallait l’étendre à d’autres espèces invasives. Un argument dilatoire puisque sous couvert de faire plus et mieux, le dispositif législatif n’est aujourd’hui toujours pas voté. « Les pouvoirs publics ont perdu du temps » se désole Alain Moyne-Bressand. Un dispositif sera débattu dans le cadre du projet de loi santé au mois de septembre prochain. « L’ambroisie ne doit pas avoir de couleur politique ».

3-  Des référents ambroisie communaux doivent être nommés et formés pour décliner le plan de lutte au niveau de la commune.

4- Les chambres d’agriculture doivent veiller à la mise en œuvre de bonnes pratiques agricoles. Si l’ambroisie affecte tous les milieux (urbains et agricoles), il apparaît que le pollen d’ambroisie est issu principalement des surfaces agricoles. Les agriculteurs en sont les premiers touchés. Il faut noter le cas particulier des cultures de tournesol dans lesquelles l’ambroisie prolifère car celle-ci est de la même famille botanique. Ambroisie et tournesol se développent en même temps. Il est nécessaire que les agriculteurs aient ainsi recours aux variétés de tournesol tolérantes aux herbicides pour maitriser le développement de l’ambroisie dans leurs parcelles. Les stratégies de désherbage sur des tournesols tolérants ont en effet une bonne efficacité contre l’ambroisie. Elles permettent de limiter le développement de cette plante et ainsi de participer à la réduction du risque allergique, tout en préservant la compétitivité de la culture pour l’agriculteur.

5- Une attention particulière doit être apportée aux cours d’eau puisqu’on note l’impossibilité de recourir à des produits phytosanitaires permettant de limiter la dissémination naturelle des graines d’ambroisie.

 


[1] étude réalisée par l’Observatoire Régional de la Santé Rhône-Alpes avec l’appui d’Air Rhône-Alpes et du Réseau National de Surveillance Aérobiologique (Etude de la prévalence de l’allergie à l’ambroisie en Rhône-Alpes)

[2] Revue Nature Climate Change – 25 mai 2015 Pour consulter l’étude, cliquer ici.

[3] Communication de juillet 2015

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