Compte-rendu de la réunion d’information scientifique sur les plantes invasives

Le développement des plantes invasives en France

Réunion d’information scientifique du 3 juin 2014 – Assemblée nationale

 

Alain MOYNE-BRESSAND – Député – Maire de Crémieu (Isère)
Président du Comité Parlementaire de Suivi du Risque Ambroisie et autres plantes invasives

Guillaume FRIED
Unité Entomologie et Plantes invasives –  Laboratoire de la Santé des Végétaux – ANSES

André MERRIEN
Directeur de recherche au CETIOM (Centre technique des Oléagineux)

Ce qu’il faut retenir :

Lutter contre leur prolifération

De nombreuses plantes invasives prolifèrent rapidement sur l’ensemble du territoire.

Parmi elles, l’Ambroisie, le Datura, l’Orobanche, la Renouée du Japon, la Berce du Caucase. Gestionnaire d’espaces verts et de chantiers, agriculteurs, jardiniers amateurs, collectivités locales… les plantes invasives constituent un casse-tête et un défi pour les acteurs de terrain. Les plantes invasives ont un impact environnemental, sanitaire et économique importants. Eradiquer ces plantes est un objectif impossible : il s’agit plutôt de les gérer avec efficacité. En complément de la réglementation, la prévention (réseau de surveillance, code de bonne conduite de jardinerie…) et une action précoce contre ces plantes en milieu naturel sont plus rentables à moyen et long terme qu’appliquer une gestion curative (confinement…).  En agriculture, des plans de gestion responsable doivent être favorisés. Les agriculteurs étant les premières victimes de ces plantes invasives.

– Qu’est-ce- qu’une plante invasive ?

C’est une plante qui, pour être introduite dans un espace, doit franchir un certain nombre de barrières. Ces plantes sont déplacées par l’Homme. C’est le cas de l’ambroisie qui n’aurait pu franchir la barrière qu’est l’océan puisque ce végétal est originaire d’Amérique. Toutes ces plantes ne s’acclimatent pas à nos climats. C’est ce qui les distingue des plantes naturalisées. Le caractère « invasif » est un sous ensemble de ces plantes naturalisées. Les peuplements denses (comme pour la Jussie) sont à l’origine des nuisances.

– Comment sont-elles introduites ?

– De manière involontaire :

Par exemple dans le cadre d’échanges de marchandises. C’est un phénomène ancien, concomitant avec le développement de l’agriculture. Avec l’introduction des semences de céréales, se sont développées certaines plantes (coquelicots, bleuets…) ou bien dans les déchets de laine de l’industrie textile au 18 e et 20e siècle qui provoquent le développement du Séneçon du cap. Celui-ci aujourd’hui présent dans toute la France a un impact sur la biodiversité.

– De manière volontaire :

Actuellement, 2/3 des introductions sont volontaires avec :

–       les plantes ornementales qui représentent 40% des introductions (jardins de particuliers, collectivités avec les ronds-points notamment…).

–       l’aquariophilie : le contenu de l’aquarium est souvent jeté dans le milieu naturel !

– Quelles conséquences ?

Les  plantes invasives provoquent trois types d’impacts : environnementaux, sanitaires et économiques.

Les impacts environnementaux :

Elles éliminent les espèces indigènes, réduisent la richesse et la diversité floristique.

La griffe de sorcière par exemple peut provoquer une baisse de 60% des espèces.

Certaines plantes peuvent modifier l’écosystème en profondeur comme les renouées. Celles-ci provoquent un changement des propriétés physico-chimiques du sol et le cycle des nutriments. Les feuilles des années précédentes modifient la structure du sol (litière).

Les impacts sanitaires :

L’ambroisie à feuilles d’armoise est une des plantes dont on parle le plus car son impact  est important sur la santé humaine. C’est une plante annuelle introduite avec des semences de trèfle vers 1863. En 150 ans, elle s’est fortement développée surtout dans la vallée du Rhône, mais aussi dans l’Allier, la vallée de la Loire. Des spots sont observés ailleurs en France. Le pourcentage de personnes allergiques s’élève de 6 à 12% mais il pourrait augmenter pour atteindre 25% comme en Hongrie. Les solutions de lutte doivent être mixées. Parmi elles : l’alternance des cultures, l’arrachage manuel de l’ambroisie lorsque cela est possible, le binage (casser la croûte du sol), les tournesols tolérants à des désherbants de post-levée.

La Berce du Caucase s’élève à 3-4 mètres de haut. Introduite comme plante ornementale, c’est une plante mellifère c’est-à-dire bonne pour les abeilles. Cependant son pullulement affecte la santé humaine. Ses composés photosensibles en combinaison avec le rayonnement ultraviolet entraînent des affections de la peau. Ces dermites sont d’intensités variables : du simple érythème jusqu’à l’apparition de vésicules voire de bulles. On observe entre 500-1000 cas par an en Belgique.

Le Datura : l’herbe du diable, l’herbe des sorciers, la trompette de la mort.

Comme ses noms l’indiquent, c’est une plante très toxique originaire d’Amérique qui affecte la qualité sanitaire des récoltes. C’est un vrai poison. On peut la retrouver dans les cultures semées au printemps (maïs, tournesol), dans les cultures pérennes (vignes, vergers), friches et bords de routes. Il peut arriver que le consommateur en retrouve dans des boîtes de haricots provoquant ainsi des intoxications. Via les tourteaux, il est également toxique pour les animaux. Les chevaux de course y sont très sensibles. Des contrôles anti-dopage sont d’ailleurs effectués ! Le Datura pose de gros problèmes agronomiques : il se rapproche du tournesol. Avec sa racine pivotante, bien ancrée dans le sol, il résiste aux conditions sèches. Il peut aller de 30 cm à 2 mètres de haut. Le Datura doit être géré en curatif en binant et en détruisant les premières adventices. Les désherbants de post-levées (c’est-à-dire une fois que le tournesol a levé) permettent d’avoir des résultats très satisfaisants tout en favorisant le binage. Ces désherbants bénéficient d’un plan d’accompagnement pour favoriser les bonnes pratiques (allongement des rotations…).

Les impacts économiques :

L’ambroisie envahit les champs (perte de rendement dans les parcelles de tournesol). Certaines plantes peuvent avoir un impact dans les prairies. Non seulement elles sont moins attirantes pour le bétail (problème d’appétence) mais elles peuvent être toxiques. D’autres plantes envahissent les milieux aquatiques empêchant ainsi les activités touristiques (c’est le cas de la garance voyageuse).

L’orobanche est un parasite présent depuis le 18e siècle sur crucifère. Depuis 50 ans, il se développe dans le colza et impacte particulièrement le Poitou-Charentes avec des spots dans d’autres régions. 150 000 hectares se surface agricole utile (SAU) seraient potentiellement concernés par l’extension du parasite. Ce dernier ayant le même cycle que le colza – de l’ordre de 7 à 8 mois – les pertes de rendement sont de 30 à 100% pour cette culture. Le parasite attaque également le chanvre, le tabac et le tournesol. Son potentiel de germination est de 10 ans. Son pouvoir de dissémination est énorme (bottes, machines…). Un plan de prophylaxie a été mis en place avec des règles de bonne conduite pour éviter que le parasite ne se développe : limiter les échanges de matériel agricole entre parcelles infestées et saines, limiter les cultures sensibles, allonger les rotations, nettoyer le matériel après usage, enfouir les résidus de culture après récolte, contrôler les lots de semences (pour le chanvre), utiliser si possible des cultures dites « faux hôtes » (germination des graines, mais pas de développement du parasite) comme le lin ou le maïs, ou encore de préférer les semis de début septembre.

Le coût de la gestion des plantes invasives

–          On l’estime à 12 milliards d’euros par an à l’échelle de l’Union Européenne (Sciences, 3 avril 2009).

–          La gestion de la renouée du Japon, si on la laissait envahir l’ensemble du Royaume-Uni est estimée à 1,8 milliard d’euros ! (Djeddour, 2008).

–          A l’échelle des seuls Pays de la Loire, l’arrachage de la Jussie s’élève à

360 000 euros par an.

Attention : toutes les plantes ne sont pas invasives. Seule 1 plante introduite sur 1000 devient invasive. Il est impossible de dresser a priori le portrait robot d’une espèce invasive. Pour qu’une plante le devienne, il lui faut des caractéristiques intrinsèques et des milieux favorables.

Les traits des plantes invasives :

– une production de graines très importantes

– une croissance rapide et une multiplication végétative

– une capacité de dispersion à longue distance

– une résistance aux perturbations

Caractéristiques des milieux envahis :

– un milieu perturbé et riche en ressources nutritives

– des espèces résidentes peu compétitives

– des milieux favorables connectés (berges de rivières, bords de routes)

Principes généraux da la gestion des plantes invasives

Le Symposium international (4th International Symposium on Weeds and Invasive plants) qui s’est tenu à Montpellier du 18 au 23 mai 2014 insiste sur la nécessité de privilégier la prévention. Celle-ci repose sur la sensibilisation du plus grand nombre et par une réglementation adaptée. Ainsi 2 jussies sont-elles interdites à la vente et à l’introduction dans le milieu naturel. Une proposition de règlement européen (concernant animaux et plantes) votée le 16 mai dernier par le Parlement devrait être adoptée par la Commission d’ici à la fin de l’année 2014. La date de sa traduction en droit français est pour le moment floue.

Développer l’évaluation du risque

En complément de la réglementation, la prévention (réseau de surveillance, code de bonne conduite de jardinerie…) et l’éradication précoce de ces plantes en milieu naturel sont plus rentables à moyen et long terme qu’appliquer une gestion curative (confinement…).

Concernant les réseaux de surveillance, on note:

–          Milieux agricoles : SRAL (Service régional de l’Alimentation) et FREDON (santé du végétal), Chambres d’agriculture, instituts techniques

–          Milieux aquatiques : ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatique), Agences de l’eau

–          Milieux naturels : FCBN (Fédération des Conservatoires Botaniques Nationaux), réseaux de botanistes amateurs.

Ces réseaux doivent être soutenus pour améliorer la circulation de l’information et la chaîne de décisions.

Pour les espèces largement présentes comme l’ambroisie et la renouée du Japon, il est impossible de les éradiquer. L’enjeu est de les gérer.

Il est nécessaire de promouvoir des mesures de gestion durable qui s’intègrent dans le plan Ecophyto. Ce qui impose d’agir le plus tôt possible. Parmi les voies à développer, la lutte biologique peut parfois être intéressante en réintroduisant l’ennemi naturel qui permet de maintenir la plante à un bas niveau de nuisance. La lutte biologique va maintenir la plante invasive à même niveau de nuisance mais ne pourra pas l’éradiquer. C’est par la combinaison des moyens de lutte et en mettant à disposition une boîte à outils la plus complète possible que les acteurs de terrain avec en premier chef les agriculteurs pourront lutter efficacement.

Il semble que l’on assiste à une accélération du développement des plantes invasives en raison notamment des échanges et de la mondialisation. Le changement climatique peut également avoir un impact.

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