Compte rendu de l’audition du 6 décembre 2011 Bilan médical sur l’ambroisie Quel plan de lutte mettre en place pour 2012 ?

Jacques Remiller, député-maire de Vienne,
Jean-Marc Roubaud, député-maire de Villeneuve les Avignon,
Alain Moyne Bressand, député-maire de Crémieu.

Bruno Girodet, allergologue, pneumologue, coordinateur de l’unité d’allergologie du Centre Hospitalier St Joseph – St Luc de Lyon, médecin sentinelle du RNSA (Réseau National de Surveillance Aérobiologique)

Philippe de Goustine, président de l’association STOP AMBROISIE – www.stopambroisie.fr

Bruno Chauvel (INRA), animateur de l’Observatoire de l’ambroisie.

Jacques Remiller, député de l’Isère

Le Comité parlementaire de suivi du risque ambroisie créé en avril dernier a pour but de provoquer un électrochoc pour coordonner la lutte contre l’ambroisie, cette plante allergène et invasive. En tant que maire de Vienne et dans le cadre de président d’agglomération du Pays viennois, je suis particulièrement concerné.

A ce jour, 14 députés font partie de ce comité

Si nous sommes réunis aujourd’hui c’est pour nous arrêter sur deux points importants :

1-    Alors que c’est une période de l’année propice pour les patients pour réaliser un bilan d’allergie, c’est pour nous, le moment de faire un bilan médical de la saison qui vient de s’écouler.

2-    C’est le moment d’anticiper la saison 2012 en mettant en place un plan d’actions concrètes. La prise en charge médicale, absolument indispensable des patients doit amener dans le même temps à la définition d’un plan de lutte efficace contre la plante elle-même. Dans cette optique, la Drôme qui est une zone particulièrement touchée par l’ambroisie s’est dotée d’un plan de lutte départemental sous l’autorité du Préfet. L’association Stop ambroisie, créée il y a douze ans, en est à l’origine et a impliqué les communes, le Conseil général et le Conseil régional, les élus ainsi que la population en général. Les enjeux posés par la prolifération de l’ambroisie dépassent très largement les actions isolées menées à l’échelon local. D’où l’importance de les coordonner. C’est pourquoi il est important de tirer le maximum de bénéfices du plan proposé et mis en place par STOP AMBROISIE. Car c’est un plan opérationnel, concret, de terrain.

Intervention de Bruno Girodet Coordinateur de l’unité d’allergologie du Centre Hospitalier St Joseph St Luc de Lyon

Pneumologue et allergologue libéral à Bron. 
Enseignant du diplôme d’allergologie (DESC) de la région Rhône-Alpes-Auvergne. 
Médecin sentinelle du RNSA

Voir le document Présentation AN Girodet

La présentation porte sur l’épidémiologie de l’allergie à l’ambroisie, diagnostic de l’allergie, traitements, lutte contre l’ambroisie.

Ce qu’il faut retenir :

Sur le plan médical, on peut noter deux priorités :

  • L’adaptation nécessaire et urgente de l’organisation de l’allergologie en France, non reconnue comme une spécialité à part entière malgré l’augmentation exponentielle du nombre et de la complexité des allergies
  • On rencontre un problème de remboursement insuffisant en France des formes nouvelles en comprimés (Le taux de remboursement de la Sécurité Sociale est de 15%).

Alain Moyne Bressand, député de l’Isère.

Il est important d’essayer de trouver des solutions biologiques. Il faut des solutions techniques qui respectent l’environnement.

Philippe de Goustine, président de l’association STOP AMBROISIE

Voir le document stop-ambroisie

Ce qu’il faut retenir :

«En tant que personne allergique à l’ambroisie, je peux vous dire que les pollens de cette plante provoque tous les symptômes d’une personne allergique avec en plus des insomnies fréquentes entrainant une grande fatigue qui peut durer plus de 2 mois par an. Pendant l’été, je suis obligé de me calfeutrer et de porter un masque.

Je prends des médicaments mais je continue à ne pas me sentir bien. Si je ne prenais pas de médicaments, ce serait pire.

J’ai même songé à déménager mais maintenant je suis installé dans la Drôme. On ne peut chercher à résoudre le problème de l’ambroisie en demandant aux personnes habitants les régions impactées de déménager !

Le coût total des médicaments plus deux consultations annuelles s’élève à 175 euros pour moi.

En Rhône-Alpes, le coût s’élève à 8 millions d’euros pour le seul régime général de la Sécurité Sociale . Mais en prenant en compte l’ensemble des frais (MSA…), la somme s’élève à 15 millions d’euros.

Cela correspond au budget d’investissement de la ville de Vienne.

L’association Stop Ambroisie  a été créée il y a 12 ans par des personnes allergiques.

On constate une prise de conscience progressive des pouvoirs publics (préfecture, élus,…) mais il faut aller plus loin. Malgré tout, on ne peut que constater un échec : l’ambroisie se développe, le nombre de malades est en hausse, les allergies sont difficiles à supporter. Il manque une volonté politique qui permette d’aller au delà de la sensibilisation par voie de communication de la population.

Pourquoi les actions de lutte ne fonctionnent-elles pas ?

Le problème vient du mitage des actions. Les actions se font par commune, chacun dans son coin avec ses propres méthodes essentiellement sur le domaine public or le problème vient essentiellement (80%) du domaine privé qui est tout simplement ignoré. La plus grosse part du pollen est issue du milieu agricole. Les agriculteurs en sont les premiers touchés. Malheureusement, le phénomène risque d’exploser et on risque de se retrouver dans le cas de la Hongrie où 50% de la population souffre d’allergies au pollen d’ambroisie.

Devant ce constat, Stop ambroisie a cerné les paramètres pour trouver des solutions :

Les clefs de réussite d’un plan de lutte contre l’ambroisie :

1 – Il faut qu’il y ait un responsable de la lutte. Seul un préfet peut avoir l’autorité nécessaire pour coordonner l’action et mobiliser les multiples acteurs. C’est ce que nous avons fait dans la Drôme et en Ardèche. Le Conseil général du Rhône a également mis en place un plan de lutte contre l’ambroisie. Depuis dix ans, des arrêtés préfectoraux ont été pris mais n’ont jamais été appliqué par les maires. Nous déplorons que la préfecture de l’Isère ne se soit pas encore saisie du dossier et ce, malgré nos demandes répétées.

 

2 – Il faut qu’un objectif concret soit défini et soit partagé par tous. La définition que nous proposons est la suivante :

« La lutte contre l’ambroisie vise à interrompre le cycle de reproduction de la plante et à éviter la dispersion des graines dans le but de réduire progressivement le stock de graines présent dans le sol. »

3- L’approche doit être territoriale et ne doit pas se cantonner au niveau d’une commune. C’est ce qu’ont fait le Québec et la Suisse en menant une lutte provinciale pour la premier et une lutte confédérale pour la seconde.

Toutes les communes doivent s’y mettre en même temps.

 

4- Le pouvoir de police doit être effectif. A quoi sert de prendre des arrêtés préfectoraux, si personne ne les applique ?

C’est ce que le Québec a fait en menant une lutte provinciale.

 

5- Il faut une cohérence des procédures.

La particularité du plan est la mise en place systématique de référents ambroisie communaux, formés.

Dans la lutte contre l’ambroisie, on rencontre deux problèmes majeurs :

1-les cours d’eau (impossibilité de recourir à des produits phytosanitaires, réalimentation des graines d’ambroisie par le ruissèlement naturel)

2-le tournesol dans lequel prolifère l’ambroisie car celle-ci est de la même famille que les tournesols. Ambroisie et tournesol se développent en même temps.

Les agriculteurs peuvent utiliser deux  nouvelles variétés de tournesol tolérant qui permettent la destruction des ambroisies tout en respectant la culture de tournesol.

Bruno Chauvel( INRA) animateur de l’Observatoire de l’ambroisie

L’ambroisie est un problème complexe et ce pour plusieurs raisons :

– L’ambroisie a une capacité à s’adapter comme toutes les mauvaises herbes. C’est une plante invasive parmi d’autres mais elle est allergisante.

– Beaucoup de paramètres favorisent le développement de l’ambroisie (l’évolution du climat par exemple / les rivières sont un vrai problème car elles constituent une niche écologique favorable au développement de l’ambroisie

– Les herbicides fonctionnent très bien mais nous sommes dans un contexte de réduction des produits phytosanitaires.

– Certaines solutions biologiques ne sont pas forcément réalistes comme, par exemple, installer des moutons pour manger l’ambroisie. Ils coûtent chers et sont une solution délicate dans les réserves naturelles (les moutons mangent de tout…).

– La multiplicité des acteurs complexifie la lutte

Conclusion :

Le plan de lutte contre l’ambroisie doit donc se faire dans la durée, de manière coordonnée et systématique.

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